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  • : L'Etonnoir de Planchapain
  • L'Etonnoir de Planchapain
  • : loisirs Artiste arts Divers
  • : Planchapain se leva en faisant craquer ses vieux os, il rajusta ses chausses d’un geste noble. Son regard, autrefois si serein, s’allumait d’une lueur intermittente et farouche. Levant la jambe droite, pliant le genoux gauche, il pris noblement le chemin de la sortie. Sa démarche claudicante ne pouvait cacher l’empressement et la volonté qui habitaient désormais tout son être, des gesticules jusqu’au chef, du fond l’âme jusqu’aux limbes de l’inconscient : car c’était aujourd’hui qu’il partai
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 18:23

 

 

 

 

Je n’ai pas de poésie

 

Ni pour le monde qui s’échappe

 

Ni pour les merles qui meurent.

Par Sire Planchapain - Publié dans : "A bas la littérature!" Planchapain Editions
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 18:18

Des lunettes


Comme des lunes pâles

 

Avec un reflet de vin

 

Sont posées sur la table.

 

Dieu fasse qu’un rayon y passe au travers.

 

Et que ces manuscrits s’enflamment.

 

 

 

SP in "Les contes de la mornifle"

Par Sire Planchapain - Publié dans : "A bas la littérature!" Planchapain Editions
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 18:16

Des nuages noirs


Comme des cercueils

 

Envahissaient la plaine.

 

Une tristesse

 

Commune aux cerfs

 

Sommeillait sous le ciel.

 

 

La drogue de l’instant passa.

 

 

 

SP. et QR.

Par Sire Planchapain - Publié dans : "A bas la littérature!" Planchapain Editions
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 18:06

 

 

Je suis né.


Un cinq.

 

J’ai eu cinq frères.

 

Cinq maîtresses.

 

Cinq francs, même, un jour où une dent m’était tombée.

 

Mais jamais

 

Je n’ai eu

 

Jamais

 

Une fortune à faire fuir la misère.

 

 

 

 

extrait de "Moi, Valdenaire, ma vie, mon oeuvre" Editions de la Marne Salée

Par Sire Planchapain - Publié dans : "A bas la littérature!" Planchapain Editions
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 18:03

 

 

 

Suis-je fou ?

 

Suis-je fou ?

 

Suis-je un millier de veuves.

 

Qui hurlent en jetant sur le champ de bataille

 

Leurs grands arcs en ciel de bras

 

Pour y fouailler la terre

 

Et la labourer.

 

Et quel blé en sortira ?


 

 

in Poèmes posthumes du Chevalier de Valdenaire

Par Sire Planchapain - Publié dans : "A bas la littérature!" Planchapain Editions
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 17:57

Près des genêts idiots

 

Et pâles

 

Je me couchais.

 

Je rêvais à ma source

 

Où poussaient des icorates

 

Et des idoines chêvres

 

Et des gourdiers à pattes.

 

Personne jamais ne venait m’y surprendre.

 

La voix de ma mère s’élevait.

 

Alors, Alice s’enfuyait.

 

Et tout était à recommencer.

Par Sire Planchapain - Publié dans : "A bas la littérature!" Planchapain Editions
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 17:52

Des voix

 

Comme des anges

 

Ont habité mon crâne.

 

Plus espiègles que des billes

 

Dans la paume d’un ours.

 

Et les aigles pouvaient venir,

 

De leurs serres lever les pierres.

 

Je n’y étais pas caché.

Par Sire Planchapain - Publié dans : "A bas la littérature!" Planchapain Editions
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 17:40

« Aux portes des villes meurent des enchanteurs que personne n’enterre. »

L’Enchanteur pourrissant, Guillaume Apollinaire

 

Ils étaient en cet heur

Où l’antre sourd d’embrumés cris

Quelques-uns

                Entravés à de petits lacs de lumière fiévreuse

Aux shrapnels aigus du chant des satellites

Sourds…

 

D’un songe les fils

Munis de toutes armes

Marchant vers des trésors enfouis

 

Suivant les courbes dures

J’arpentais la serrure qui clos la mer

Les vagues là mordent l’asphalte

La faune des tritons timide là

Laisse dépasser de l’écume des yeux en forme de gouttes

D’écailleuses sirènes griffent là froidement

Les coquilles nacrées

Abandonnant au fond

dans l’onde

de brillantes

brisures

               

Affublés de heaumes chitineux

A l’assaut de remparts

Leur armure croûtée d’une fange oublieuse

Où ils errent parfois

Dans les plaines herbeuses

Sous quoi grincent des jours inégaux.

 

Je priais quant à moi

Cette aqueuse cavalcade

Battant contre le monde

De m’emmener chérir l’aventure passée

 

Les frasques sur le récif commises

S’oublieraient

où la roche se noie

 

Mon pied était gonflé

Comme une outre de mineur

Et là

A mon côté

Ballotée comme fourreau dépourvu de rapière

Ma main suivait l’ondée des heures lasses.

 

Autour bruyait la vie

Comme une étrave morte

Galvanisée par  la course des lames.

 

 

Moi

Qui avais embrassé les sous-bois

Moi

Aux troncs fichés en carreaux chevelus

Moi

Qui fus autrefois le prince

Des fées au cul bombé de malice

 

Du bout des doigts

Enflés comme ceux d’un noyé

J’hasardais quelques sortilèges

L’outrance du passé me revenait

Subite

J’avais à trois reprises été maudit

Par trois gitanes blessées

Que j’avais lourdes et blanches

Tirées dans des fosses

 

Et mon sort s’en souvenait

Lorsqu’il me revenait

Avec ce goût de sel.

Lorsqu’il dans le sillon d’un avion me revenait

Lorsque dans le sillon d’un satellite

Il me revenant

Revenait

 

Juchés sur leurs trônes plastiques

Haletant dans la semi obscurité des jours

Les yeux comme ceux des mangeurs d’ergot noir

Lotophages vrillés à leurs soleils changeant

Comme une armée de sage

à l’assaut d’un délire.

 

Et d’entre eux l’un

M’observait

 

               Je buttais contre le pied d’un phare

 

Mon Geste était fini.

Les hommes avaient banni

Leurs rêves

Les avaient bannis

Et ces esprits maléfiques patinaient comme des biques

Sur une morène blessée.

 

Dans les landes revêches d’un corps à peine né

Le sémaphore lorgnait mon crâne

Sans pouvoir l'exhumer

 

Le sémaphore me regardait

Il avait la méchanceté d’Uter

D’un ours rageur

D’un vieil orme blessé

Son œil en m’éclairant fini de me brûler

 

Et tandis que j’étends mon légendaire corps

Sur le rebus graisseux d’un crachat de chalut

Je songe à ces fantômes entravés de sommeil

 

              Eux qui heurtent les huis des contrées fantastiques

Qui brisent la mâture des  moulins digitaux

Là où soufflent des vents incapables de nuire.

 

Moi qui fus enchanteur

 

Avais-je leur pouvoir ?

J’en doute

 

Moi

Qui meurs

Comme un sort

Sous ce phare.

 

 

Sire Planchapain in " Les drageons de la colère"

Par Sire Planchapain - Publié dans : "A bas la littérature!" Planchapain Editions
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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 11:14

 

C'était il y a longtemps
En ce marin royaume
Où vivait une fille, de vous peut être connue
Sous le nom d'Annabelle;
Et cette jeune fille, elle ne vivait sans autre pensée
Qu'aimer

et être aimée de moi.


Oh, je n'étais qu'un enfant, et elle n'était qu'une enfant,
En ce royaume sur la mer sis.
Et nous nous aimions d'une idylle plus forte que le commun amour,
Mon Annabelle et moi.
D'un amour tel que les zélés séraphins,
Là-haut dans leurs nuages, nous enviaient.


Et ce fut la raison pour laquelle, alors,
En ce duché sur la mer sis,
Un souffle blanc fut jeté d'un nuage
Glaçant mon Annabelle.
Et voilà que ses proches bien nés

vinrent
Et au loin l'emportèrent
Pour l'emmurer en un sépulcre
Sis sur la mer.


Les anges, pas à moitié aussi heureux au ciel
Qu'elle et moi, nous envièrent.

Oui.
Et ce fut la raison (comme le devine toute âme
De ce marin pays)
Pour laquelle un zéphir poussé des nues, une nuit,
Gela et tua mon Annabelle!


Mais notre amour avait distancé l'amour commun
Des vieux anciens ancêtres, plus âgés
plus sages que nous -
Et ni les anges dans leur nuage
Ni les silènes dans leur écume
Ne pourront arracher mon âme de celle
De la belle Annabelle.

Jamais.


Car la lune jamais ne brille sans confier à mon oreille

Les doux songes
D'Annabelle.
Et les étoiles jamais ne se dévoilent sans l'aval

D'Annabelle.
Ainsi, durant l'entière marée nocturne, je me tiens couché sur la grève
De ma chère chérie - de ma vie, de mon épouse,
En ce royaume sur le fil des flots.
En ce triste caveau où l'écho de la mer raisonne.


D'après Annabel Lee D'E. A. POE. Traduit par le Chavalier de Valdenaire

Par Sire Planchapain - Publié dans : "A bas la littérature!" Planchapain Editions
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Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 23:26

Bien sûr, vous me direz...

 

Mais peu m'en fout.

 

Ils sont si rares, les vrais poètes actuels, que nous sommes bien obligés de nous tourner vers des esprits libres et égaux entre eux.

 

Après tout, ce Pierre Billon, dont nous comprenons bien les mobiles et l'état de droguerie à cette époque, n'en a pas moins créé une oeuvre d'art terriblement stimulante.

Et quoi? "La poésie se cache partout, et les poètes se cachent surtout" comme disait l'interprète du sire Woland.

Et je crois qu'il mérite bien le titre d'artiste planchapinien, cet homme à la coupe de cheveux chatoyante, au corps bombé de muscles, aux hanches vibrantes d'un rythme entrainant.

Et cet état de poésie, de ce cher monsieur Billon, vous serve de leçon jeunes baudelairiens aux lunettes carrées!

Vous dont la mèche frisée taquine l'oeil gonflé de Chateauneuf! Vous jeunes anarchistes épargnants qui ne nous épargnez pas! Vous, enfin, vils tripoteurs de vieilles lors des lectures publiques!...

 

Frémissez donc. L'onde suave d'une bamba triste? Vous n'en êtes pas à l'abri.

.

Bravo à lui.

 

Que la postérité tatoue sur son épaule bronzée les lauriers chromés d'une gloire blondine.

 

Écoutons hydrophilement Pierre Billon.

 

 

 

Sire Planchapain, Chien Polissé.

Par Sire Planchapain - Publié dans : Chroniques Planchapiniennes
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Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 14:33

  Le Lord de son Castel

 

LE CHEF DE PRODUCTION était tout à son aise. Engoncé dans son canapé en similicuir fumé. Ses jambes étendues formaient une arche élancée et retombaient, parallèlement, sur la table basse indonésienne. Quelques gouttes d'eau de pluie dégoulinaient encore de ses cheveux.

 

Il lisait avec satisfaction le rapport du lendemain. Car, comme tout homme avisé, il se devait de concevoir dans une sage abstraction les événements à venir. Ainsi, parfois un mois à l'avance, il prédisait les futurs bilans de production, se gaussant de l'augmentation constante et harmonieuse des taux, des marges et des bénéfices.

Tel un démiurge visionnaire et comblé, il répétait ainsi le moment où, face à un conseil de vieux actionnaires ronflants, il ferait danser les graphiques colorés comme les rubans magnifiques d'une gymnaste rythmique. Valse de chiffres et de courbes, dont le paroxysme serait l’annonce mielleuse de la hausse des bénéfices de l’usine de savon noir.

 

Au dessus du linteau puissant de la cheminée, les rapports passés et futurs, encadrés, étaient accrochés avec ordre. Ils étaient, au même titre qu'une tête de sanglier le serait pour d’autres, les trophées de ses chasses personnelles. Et dans ce type d'activité cynégétique, le sang et la poudre, après tout, étaient avantageusement remplacés par la gestion et les ressources humaines.

 

Portant à sa bouche un verre de "blanche aux myrtes", il songeait, comment dirais-je ?, à sa condition.

Car il n'y a rien de honteux à se glorifier d'avoir bâti sa vie avec acharnement et pugnacité. Eh, quoi! Un homme qui, foncièrement, parvient, à force de travail, d'obstination, à fournir à sa famille une certaine aisance - je dirais même une aisance certaine - n'a pas à en rougir.

Certes, son poste à responsabilité était récent. Mais il pouvait dorénavant se targuer d'y avoir apposé sa marque de fabrique.

Lorsqu'il avait rejoint l'usine de savon noir, il y régnait un relâchement mal opportun. Lui s'était hâté de retrouver les, comment dirais-je ?, « fondamentaux ».

La production est au centre de tout. La production est tout.

Et cela avait marché. Réorganisant les machines, rabrouant les demandes révoltantes des chefs d'ateliers, injectant ça et là de rusées « méthodes », d’ingénieux « systèmes », de parodiques « réunions d’équipes »…etc…

Annihilant sans repos la moindre cause de retard, mécanique ou humaine, il avait donné le meilleur de son être. Et le travail acharné portait ses fruits.

Chaque homme est destiné à  un tâche sur cette terre. Cet homme avait trouvé la sienne. Combien peuvent en dire autant ?

 

       Comme il aimait à le rappeler lors des conseils, l'usine, foncièrement, est un navire dépendant de son capitaine. Et en guise de commandement, il était un chef d’acier, qui avait transformé une passoire vermoulue en un fier coursier reluisant d'or et d'écume.

 

 

       ELLE S’APPELAIT  URSULE, La femme du Chef de Production. Ursule...

Elle tenait son nom d'une ancienne légende religieuse.

Elle affirmait souvent qu'on trouvait cette histoire dans la « Légende Vorée » de Jacques de Dorigine. Mais elle-même ne l'avait jamais lue.

Cependant, et c’était le principal, elle savait porter le nom d'une martyre.

Lorsqu'elle terminait un de ses ouvrages de peinture sur soie elle apposait, non sans une certaine satisfaction, ce nom chéri : « Ursule ». Dans les quatre coins du canevas.

 

Car c’était son nom, Ursule.

 

Et Ursule, qu’on se le dise, était issue d’une « lignée ». Cela lui conférait à la fois l’intérêt de la rareté, et la rareté de l’intérêt. Ainsi, il faut bien le dire, qu’un menton si volontaire qu’il cognait quelquefois son genou, lorsqu’elle était assise.

Elle aimait bien raconter son arbre généalogique, et que ce menton c’était le même exactement que celui qu’on trouvait, au Musée du Lougres, sur le portrait du Marquis De Troiqui. Le fameux chambranle du roi Louis VII. Alors, elle se mettait de profil avec fierté et son ombre de pélican se détachait sur les lourdes tapisseries brodées d’or et de velours carmin.

 

Née Ursule De Troiqui La Tiéne, elle avait pris époux contre la volonté de ses géniteurs.

Cependant, et avec son recul énorme, elle ne regrettait pas cet acte intrépide.

Il faut dire, par mesure de rétorsion historique, que le mariage aristocratique avait à cette époque, perdu de son prestige.

Les vieilles familles de la noblesse, déployant derrière elles de magnifiques croisements racés, comme les branches d’un saule bercées par un vent des collines, s’étaient tant croisées… Et, si l’on tentait de remédier à cette situation problématique en mariant ensemble frères et sœurs, cousins et cousines… cela n’avait que rarement l’effet escompté d’amélioration.

Si bien que cette race, autrefois celle de chevaliers et de damoiselles en détresse, de rois et de papes, se composait désormais de détritus mongoloïdes sans le sous se tirant sur le chicot chaque fois qu'on fêtait la mort de Louis XVI, en criant « Vive le Roy! ».

Les cons !

 

      Un ingénieur, sorti premier de l' « Ecole Nationale des Ingénieurs Supérieurs », en outre couru par les recruteurs et dansant avec grâce le « tchatchatcha », voilà qui semblait, se disait Ursule en frottant la boursouflure de son menton, tout à fait judicieux.

Et lorsque, étudiante des Zeaux-Barts, elle avait jeté son dévolu sur ce grand jeune homme à la tête minuscule, elle avait eu, aussitôt, l’assurance qu’il serait riche.

Et en effet, le temps lui avait donné raison.

Son mari était aujourd’hui Chef de Production.

 

      Elle passait ses journées à peindre sur la soie. A recoudre les draps. A dévorer l’intérieur du garde-manger plein à craquer, comme un gros monstre de film. Le soir, elle faisait plaisir à son mari, le jour à elle. Elle invitait parfois le curé du village à venir la confesser. Sa vie était aisée, et elle ne voyait pas comment cette douce existence aurait pu être différente.

Elle se trouvait donc, Madame Ursule, comblée comme une grosse dinde farcie de la plus pure châtaigne d'Ardécherie, et arrosée de la plus goulayante sauce aux morilles.

 

" Et puis franchement, songeait Ursule, est-il sérieux, de nos jours d'aujourd'hui, de rêver d’épouser un Prince Charmant ?" C'était fariboles et bêteries.

 

 

       "IL EST TEMPS D’ALLER AU LIT". Songea avec humeur le Chef de Production. Il termina son troisième verre d’eau de myrte, le posa auprès des deux autres.

Jetant un dernier regard à son tableau de trophées, il appela la bonne philippine. Lui  gueulant dessus comme il sied à un bon maître de maison, il lui tapota la fesse et se dirigea vers l' « alcave », pour dire bonne nuit à sa descendance.

 

Car le chef de Production et sa femme Ursule avaient dix enfants. Qu’ils gardaient bien à l’abri du monde, dans la cave.

 

SP

 

Par Sire Planchapain - Publié dans : L'Alcave, la blatte et la bulle qui dansait
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Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 12:56

Je lui lorgnais la gueule, en travers et en large.

 

-          Comment ?

 

Il me rendit un regard rusé sous ses vieux sourcils déplumés. Car enfin, sous son béret à la noix et ses rides bien rangées, je sentais que j’avais affaire à un vieux réactionnaire. Une sorte de pléonasme vêtu de beige. Mais ce constat était trop tardif. J’allais y passer sous peu… j’en avais l’ignoble pressentiment.

Sa voix éraillée, au timbre oblitéré depuis trois siècles, crailla. Chaque mot jaillissant de sa gorge serrée comme une ramure nouvelle :

 

-          Je vous dis que c’était ma place, jeune homme. J’étais là avant. Et de toute façon, si vous fûtes un tantinet plus respectueux de vos aînés, vous m’eûtes laissé peser mon poireau en paix. Car enfin, qui êtes-vous, jeune arbrisseau, pour déranger mon hivernage ultime ? Vous, si plein d’une sève gâtée, pliez devant le vieil orme…

 

Vieil orme. Putain de deux ! Voilà que je me heurtais à un problème moral et sociétal où ma nature –pourtant si douce- toquait à l’huis de ma culture en lui hurlant : « Fous-y un coup de poireau dans la gueule à ce vieil arracheur de burnes ! Tords-lui les pruneaux jusqu’à ce qu’en coule un centilitre de jus, et prends tes jambes à ton cou. Tu vas y passer vieille planche ! ».

 

-          Mais, monsieur. Rétorquais-je d’une voix trop chevrotante pour paraître virile. Ô ancêtre du monde, vieille herse ayant soulevé cent fois la terre pour y reluquer ce que c’est qu’y-a dessous. J’étais là avant vous… Ca fait une heure que les vieux me passent devant en me déblatérant leur vie. Merde ! Mais dégage sale vioque, je suis pressé comme les couilles d’un agent de la paix :  j’ai rendez-vous à l’ANPE !

 

Que n’avais soufflé moi-même les braises de mon bûcher.

 

-          Hin hin ! Voyez la jeune souche, un tantinet oisive, qui vient me dire - à moi !- quel doit être mon rang… L’ANPE ? Seriez-vous dénué de travail, ô honteux parasite ?

 

-          Monsieur, je ne vous permets pas, et il est assez difficile, pour moi, de…

 

Mais déjà, une pointe de parapluie, aiguisée à l’émeri, poussait contre ma poitrine, là où mon cœur soupire chaque jour un peu plus fort sa peine.

 

-          Monsieur ! Tentais-je afin de jouer sur son évidente culture. Hermann Hesse dit que….

 

-          Ah ! Vil renard bouffeur de poules aux œufs d’or ! A vil marsouin de piscine ! Voilà que tu me cite du boche désormais ! Tu crois que le vert-de-gris m’étreint l’âme, morveux ? Que le fritz m’oignione l’œil ? Que le frisé me raidit la sensibilité ? Du bougnoule, il me sort, et du pacifiste en sus ! Ah, mais tu te fourres le doigt dans l’œil, mon jeune ami ! J’en ai planté plus d’un par terre, de tes métèques !

 

-          Mais, Monsieur, vous me faites mal…

 

-          Ah, je te fais mal ! Et moi, « Jean de la Lune », tu crois pas que la vie m’a émondé le tronc et tordu les branches ?… Combien de fois ai-je pleuré mes amis, mes enfants, mes camarades, mes chiens, mes femmes ! Sur combien de tombeaux ai-je déposé de plaques en bronze pur ? Si je comptais les poignées de terre que j’ai jetées au fond des noirs sépulcres : combien de sommets, alors, les Pyrénées compteraient-elles en plus !

Et c’est un gamin à la sale mine, qui vient me parler de mal ! Jeannot ! Jeannot ! Regarde-moi ce lombric à plume…

 

L’homme énorme qui s’avança, en portant son poids respectivement sur une jambe puis l’autre, me tança bien plus violemment :

 

-          … C’est que j’ai fait l’Algérie moi ! J’ai fais l’Indochine moi ! J’ai tué de l’ennemi avec de la corde à piano désaccordé ! Et c’est un paltoquet qui vient nous apprendre la vie ? Aidez-moi les gars, on va se payer du mioche comme au bon vieux temps…

 

Quels vieux emmerdeurs, soupirais-je.

 

       Et déjà, je savais que j’allais succomber à une affreuse mort.

Alors, avant que le dernier poireau ne me soit lancé, avant de mordre la mâche par la racine, avant, enfin, que le dernier potimarron ne m’estropie la tempe… je songeais une dernière fois au bon temps. Le bon temps qui s’arrête ou passe lentement. Au temps d’autrefois, des fêtes et des femmes. De celui des transports en communs et des communs transports...

Du temps que j’avions pas eu la chance de connaître.

« Merdre ! », m’écriais-je tout fort. Si j’avais pu naître vieux, j’aurais déjà tout vécu. J’aurais connu les bordels d'Indochine, les cafés fumeurs et la menace rouge !…

 

 

Un peu plus tard, je me retrouvais entouré d’un monceau de cadavres, au cimetière. Et ces vieux ossements tournèrent vers moi leurs orbites vides en mâchonnant une vieille rengaine :

 

-          Regarde, Joe, voilà t-y pas qu’on a la visite d’un jeune gardon bien en chair. C’en est un qu’est certes pas mort au champ d’honneur comme nous autres !

 

Et tous me crachèrent leurs chicots morts.

Par Sire Planchapain - Publié dans : "A bas la littérature!" Planchapain Editions
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Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /Mai /2010 09:05

 

Première partie d'une série de 13.

  1. Un lugubre visiteur

          Un affreux petit nuage noir traversait en trombe le val de Malogure. Sa robe de plomb, renfrognée comme le cul d'une vieille pucelle, roulait sur elle-même dans un gritchement de courroie usée. Vibrant d'un orage contenu, il faisait autour de lui un vide menaçant. Sa minuscule ombre courait à travers les plaines désertes, que les bichons pressés de se mettre le cul à l'abri, fuyaient en sautillant.

Les nuées zalarmées, tant les vieux nuages pète-secs que les nobles cumulonimbus, reluquaient cette fusée de haine avec une aristocratique indignation. Mais tous fuyaient ce maelström dangereux et électrique.

Terminant sa course véloce dans un soupir, le ruage stationna chemin de la Treilletorve, au dessus d'une masure que nous l'allons décrire.


           C'était – car vous aurez beau la chercher, aujourd'hui, vous ne trouverez en ces lieux qu'un terrain vague, où poussent en liberté les pâturins des près, des urticacées renfrognées, une vieille roncière et quelques taraxacum à dents de lion – une misérable cabane guingoise.

Son toit moussu, bossu et fessu, laissait apparaître les ossements de chevrons rongés par les capricornes cornus. A moitié enterrée dans une glaise détrempée de la sueur du monde, cette honteuse demeure, que Zola même aurait rechigné à décrire, abritait une petite famille.


Il y avait d'abord Granpère. Il était assis à la table à repasser du petit salon, regardant dans le vague d'un ouvrage de couture pendouillant au mur, tandis qu'un poste à galène soupirait une mélopée rythmée de grésillements lamentables. Granpère était un teurfiste de la première heure. Pas un de ces ouvriers alcooliques ou étrangers (ce qui est pire, mais moins, de l'avis commun, qu'un étranger alcoolique) jouant à l'aveugle un quelconque bourrin dopé. Que nain nie. Ce vieux paysan muet était un joueur expert, un Lautrec d'hypodrome, un Pierre et Marie Curie de l'attelage. Il savait deviner dans les grésillements de son poste de radio, les caractères cunéiformes d'une archaique littérature chevaline, les murmures mythologiques d'une sibylle antique à tête de cheval, un entrelacement éternel de destins flamboyants d'une gloire moyenâgeusement équestre.

Comble de malédiction, et malgré ce pouvoir considérable, le pauvre vieux ne gagnait jamais.

Pourtant, nul mieux que lui ne savait déceler dans le nom composé d'un cheval, les signes cabalistiques d'une possible victoire. Mais, dès qu'il avait émis l'hypothèse de l'hypothétique victoire d'une casaque à pois ou à carreaux, un désastre inconcevable terrassait son favori : une patte, tout à coup, se brisait; un attelage voyait sa houe percer malencontreusement la calebasse de son joqué; ou, dans un nuage de poussière ocre et étouffante, un percheron roulait sur lui-même, entrainant à sa suite les araires concurrentes.

Granpère, habité par un perpétuel optimisme, gardait alors une contenance de bourgeois, et un simple « hilh dé pute » craché avec dédain marquait la déroute de son âme déçue. Alors, il jetait son dévolu sur un autre canasson, Népomucène le Mercier, casaque dorée, deux tonnes au garot, herse d'or à la course de Nougaroulette il y a dix ans...


La silhouette voûtée et minuscule de Granmère, était généralement occupée à récurer la sciure que la colonie de mites, mâchonnant la masure du faîte jusqu'au linoléon, distribuait en monticules tout au long de la journée. Elle occupait sa retraite de boniche du curé en tâches modestes de ce type, comme d'ailleurs, le font toutes les granmères de tous les pays. Hormis ça, elle jouait avec plaisir aux petits chevaux sous l'oeil critique de Granpère, confectionnait des charlottes au ricin tout à fait délicieuses, et savait cuisiner une soupe de betterave odoriférante et onctueuse.


On ne pouvait, sans être nain ou un de ces pygmées que l'on montre lors des expositions coloniales, tenir debout dans cette hutte bringuebalante. Le toit, sous l'effet de la glaise gloutonne et des mites tout aussi gastronomes, s'affaissait d'une façon permanente et presque administrative depuis la fin de la guerre.


         Anatole, quant à lui, et à ce moment précis où le nuage faisait une pause-pipi sur la masure, était étalé dans le charbon du bac à charbon, fouillant au milieu de la poussière noire qui dormait au fond. La morale réprouve généralement ce type de comportement chez les jeunes garçons de huit ans. D'autant plus lorsqu'il s'agit de la morale générale, qui a ceci de commun avec la morale bourgeoise qu'elle ne s'applique qu'aux pauvres.

Cependant, Mamie, qui était folle de son petit petiot, le laissait faire. Et Anatole, ainsi libéré des obligations d'un enfant normal, était la plupart du temps fourré dans les lieux les plus incongrus. Et, plus généralement puisque c'est un trait de tous les endroits incongrus, sales et malpropres.

A cette heure donc, où un nuage pissotait sur le toit en chaume pourri, Anatole cherchait Maître Keats, sa blatte de compagnie.

 

           Le carillon fendu de la grande horloge branlante sonna alors douze coups de marteau. C'est à ce moment précis que l'on frappa à la porte.


Granmère, le dos percutant avec des bruits secs les poutres moisies du plafond, se dirigeait d'un pas lourd vers l'huisserie, lorsque celle-ci s'ouvrit en grinçant.


Anatole, qui tentait désespérément d'appâter Sire Keats avec une fane de carotte, se retourna promptement et vit apparaître dans la lumière grise du jour deux paires de souliers en cuir noir, desquels surgissaient deux jambes de pantalon étriquées en toile sombre dégoulinante de pluie.

Une voix de fausset, suant les exhalaisons sépulcrales, se fraya un chemin à travers l'atmosphère lourde.

 

- Bonjour, Madame... foncièrement – exprima l'inconnu qui restait dans la pluie battante, sur le seuil. Je suis le Chef de Production. Je viens séant, comment-dirais-je, vous entretenir de l'absence inconvenante de votre fils Gustave, ce matin, à la Fabrique de Savon Noir... Est-il, comment-dirais-je, présent en ces lieux.

 

Les dentelles passées de Granmère s'avancèrent dans un frou-frou, tandis qu'une nuée de mites colériques s'envolait des haillons secs.

 

- Oh! Monsieur le Chef de Production, quel honneur de vous rencontrer. Votre prédécesseur, Monsieur Toussaint Laporte, venait souvent nous rendre visite... Voulez-vous entrer vous mettre au chaud? J'ai préparé un potage aux betteraves.

 

Les souliers restèrent immobiles. Ruisselants d'une eau usée, tandis que les doigts de pieds maigres et tordus de la vieille grouillaient comme des vers angoissés, soulevant de petits nuages de poussière.

 

 

- Madame, rompit l'industriel, je ne suis pas venu dans ce trou à rats pour tailler une bavette. Amenez ci-devant votre fils, cette affaire urgente appelle, foncièrement, une fin tragique!

 

- C'est que – repris la voix étranglée de Granmère – mon fils est alité, et le curé lui a prescrit un long repos et une extrême-onction.

 

- Suffit! S'écria le gâte-misère, je ne suis pas dupe de vos embobinements de pauvres! Je connais bien votre race, toujours encline à tirer au flanc des honnêtes industriels. C'est la race des infestations et de la fainéantise crasse. Peu me chausse de vos stratégies syndicales, votre fils c'est rendu coupable, foncièrement, de non-présentation sur le lieu de travail. Et, je dirais même, d'un Jour de Congé non- légal. Cela contre toutes les règles de la bienséance usinière. Je viens annoncer que, s'il ne se présente pas demain à l'usine, il sera marqué de la croix des bannis, et son contrat sera... comment-dirais-je... AH-NI-HI-HI-Lé! Je vous souhaite foncièrement le bonjour.

 

Le silence qui suivit fut seulement habité par le goutte à goutte de l'eau fuyant du plafond dans des bocaux de betterave distribués sur le sol sale. Les pleurs ravalés de Granmère évoquaient le son d'un meurtre au fond d'une mine.

Les souliers vernis avaient disparu. Les petons ridés et veineux de Mamie, vrillés au milieu du décor de la plaine humide, ne bronchaient pas. La radio de Granpère toussotait doucement.

 

         Anatole, d'un geste sûr et rapide, attrapa la laisse de sa blatte, qui tentait désespérément de se hisser sur le poêle à chiure brulant.

 

Sire Planchapain, L'Alcave, la blatte et la bulle qui dansait. Partie 1. Editions de la Nuée Volubile.

 

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Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /Mai /2010 20:19

Chers lecteurs impubères.

Chères mesquines liseuses aux fesses refaites.


A vous tous qui passez ici par trombes curieuses,affamées d'un révoltant voyeurisme que seul mon exhibitionnisme égale,

j'affirme :


Dans les semaines à venir, je vais m'adonner au jeu dangereux du  ROMAN-FEUILLETON!

Ca va faire mal à la littérature française.


Puisse Paul-Lou Sullitzer, mon maître, m'inspirer de la criture dans cette épreuve surhumaine. 

 

SP.

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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 09:30

La première peur vint alors que j'avais deux ans.
Le souvenir m'est revenu récemment d'une horloge herculéenne, adossée au mur délabré, et qui me jaugeait de son cadran verdâtre. 
Il y eut, lors de cette nuit fade, un étranger qui, inconsistant et indésirable, traversa le panneau de la porte. Il se figea en son milieu, comme stoppé par la chaleur douillette qui régnait à l'intérieur. Et observa.
J'étais allongé dans le salon. Peut-être sur le canapé qui n'exista que dix ans plus tard, venant alourdir de ses motifs la tapisserie à la flore déjà envahissante.
Là, sous les poutres tordues, je gisais, le souffle court et la vision brouillée.
L'indésirable, prostré dans le panneau de bois, me toisait en expirant un air glacial. Son visage était  celui du Juif errant, figure de carême souffreteuse, dédaignant l'hospitalité à laquelle, de toute manière, elle n'avait pas droit. Masque changeant, troublé par l'air que j'aspirais difficilement et l'asphyxie qui incendiait ma peau. Mon âme, je la sentais pour la première fois. Le mythe que l'esprit est un souffle, que l'on épuise avec la vie, ne devait pas encore m'être révélé.
Des souvenirs d'avenirs féconds, ces étincelles virtuelles d'une Oeuvre que je ne serai pas... cette silhouette à demi bouffée par la porte en était l'observateur silencieux.
Jamais encore je n'avais connu pareille torture. Mes mains, grossières et agiles, battaient l'air brulant devant l'horloge d'ébène sise à droite de l'issue. J'étreignais le vide en suffoquant, lorgnant avec stupéfaction l'aiguille gelée du temps, évitant le regard envieux de l'ombre.
Et ce fut, je crois, ma première rencontre avec la Mort.
M'excusa-t-elle, ce soir là, pour mon manque de consistance? Etait-elle venue, insolente, observer l'agonie passable dont j'étais l'instigateur incompétent? Et cet air rare qui m'étourdissait, était-il un avertissement?
Le fait est que l'ombre ne passa point le seuil.
Mais une peur, depuis, me paralyse. Et parfois mes poumons se ferment à nouveau. Durant les heures nocturnes, ils m'arrive encore d'entendre le carillon gémir dans son cercueil obscur, et j'aperçois alors le regard lointain de l'étranger, le sourire figé, debout dans son manteau d'hiver, la poignée de cuivre dépassant de son ventre creux. Et le souvenir de mains d'enfant, battant l'atmosphère comme les ailes d'un jeune merle pâle, impuissantes à saisir cette atmosphère lugubre où mon âme erre, me fait encore frémir. 
Mon existence se résume à des projets que je sais d'une autre vie. Car depuis ce jour, je sens mon âme happant, comme une bonde fébrile, un air rare et inapte à la nourrir.


Sire Planchapain in Mémoire d'une Outre vide, 1909
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /Sep /2009 17:14
Coupant les seringas et dénichant des merles
Je me ouche dans la herbe qu'est fraiche
et fume mon clope de foin vert.

Je suis Le Jardinier, coiffeur pour charmes.

De mes mains écrissées, j'arrache les chardons.
Cueillant pour mon midi une cerise amère
où un ver vit.

La bouche herbée, mâchefer et amadou
que l'étain scelle.

Greffant à l'écusson, car l'herbe dorée m'exaspère.
Je crée des massifs épatants, sur lesquels vont chier leurs chiens.
Me coupe l'herbe sous le pied
Et me ronce le dos sans cesse.
Le soleil me mordrait le cou, il rougirait mes amygdales
 - sans mes coctions aux fleurs du Mal.

La pluie me dégoule sur l'oeil
et floute l'aster que je cueille.
Alors,
je douche mon coeur meurtri aux arrosoirs percés-rouillés,
aux robinets, systématiques.

Mon reflet dans le creux des puits
est de rosée teintée d'obliques.

Le tétanos crante ma moëlle.
Mais j'y déchire à l'Opinal
l'opiniâtre bacille sale
qui couvre mes plaies résipéles.

(sans respirer:)
Armé d'une pierre de touche
et du squelette d'une fourche
en un arc vaporeux je massacre des légions
hurlantes et grouillantes de sales pucerons
je torture l'oïdium à l'évaporiseur
et bouillie-bordelaise les zites trop grailleurs.

Exfoliant naturel.
Je moissonne limaces, cancrelats et carrons.

Touchant de ma binette les cités de Nature,
j'y répand l'ORDrE fOu, que je choisi. Silure.

Je mortifie les aragnettes des buis,
rouges.
Glandurgeant l'estournaud qui brouge,
en guise d'épée un rameau
de laurier sauce que j'agite.

Gardez-moi créneler les haies
dont je fais des hunes immenses
et les corbeaux blancs qui y dansent,
craillant de leurs beaux becs de craie.
 
Irriguant les fourmilières
De mon enfantine colère.
Je suis l'unique Dieu sur terre.
Le pousse-cul des sillons noirs.

L'ergot de seigle en commissure
Iris couleur de moisissure
sourire de zinc, qui lucine.
Mon greffier, Sustine et abstine!

Je mange les corneilles en sauce
avec de la mauve crichée.
Putassier, le con soleil rosse
mon dos tordu qui peut plier.

Mais mon bonheur
c'est la Zabelle...
Belle mangeoire à crécelle,
gitant dans la mélancolie.
Balançoire où j'assois mon coeur.

Je suis le Jardinier, chérie.

Ma binette chantonne
et mon merle mâchonne
les vers de cerisiers moqueurs.

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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 22:50
Voilà l'exemple du héro planchapinnien total : Tristan Edern Vaquette... S'il n'avait pas, avant moi, et mochement, déjà donné son nom à sa pensée,... et pensé tout court. Ce qui m'est somme toute assez étranger.


http://www.crevez-tous.com

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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 22:05
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 21:41
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Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /Juin /2009 18:47
Ma vie est une suite d'inachèvements. Cet état de fait déplorable trouve sans doute son origine dans les multiples personnalités qui m'habitent.

Souvent, j'ai l'impression que se tient dans ma tête une de ces soirées mondaines guindées du New York des années 20. Ou bien une partie de campagne avec tous les convives vêtus dans une parodie de relâchement imbu et aristocratique. Ce qui n'est pas sans rappeler ce film de Renoir, la Règle du Jeu, qui n'a d'autre intérêt que de répéter une fois encore l'impossibilité de mélanger basse et haute naissance. Dans cette ennuyeuse série de papotages entre industriels bedonnants et jeunes arrivistes sans un sou de personnalité, je ne suis qu'un valet serré dans son costume d'apparat. Piquet dans un coin de pièce, lorgnant avec délice les chanteuses en soie qui accompagnent, pour un soir, ces odieux personnages.

Parfois, l'abattement est tel que je deviens, aussi, ce type inconnu de tous que l'on regarde avec pitié lorsqu'il s'avance timidement, pour demander poliment un verre de champagne. Une boule de mâchefer lui lestant l'estomac. Je sors sur la terrasse fumer mon clope de tabac brun, dans la gelure qu'est ce jardin crépusculaire. A l'intérieur, la discute bas son plein, et je ne me sens pas nécessaire à l'amusement de ces gens.
Au dehors, derrière le vert foncé des buis, qu'un éclat de lumière fane, des grenouilles jacassent. C'en est presque étourdissant. Mais une sorte de calme naturel imprègne le soir
Les grenouilles, le bruit de fond de la soirée, brouillent de sombres et longues pensées qui passent en périphérie comme des trains vides.

Je divague. Rêvant des fées languides qui m'attendent dans un bain de rosée qu'ombre une mauve sauvage. Des pays dangereux où des vallées infinies vibrent sous les sabots d'une armée floutée par le crépuscule. Des clairières à bon repos, celles que l'on ne rencontre qu'une fois dans sa vie, et dont le souvenir terni vous hante à jamais. Des personnages dont j'aimerais écrire les péripéties, et qui seraient mes créatures. 
De ce que je ferais si je gagnais au loto. De la maison bucolique où je voudrais vivre seul et entretenir les massifs d'aster. Je songe à des discours, longs et gracieux, que je ferais à une foule attentive. Et qui parleraient si bien, qui s'entendraient de soi, provoquant dans le monde un changement polaire.

A l'intérieur un verre se brise.

Mon âme s'échappe un instant, voletant dans la fumée âcre. Et des sentiments me submergent. Il y a la peur viscérale d'avoir, un jour prochain, peur de la mort. Mille tracas m'encerclent, comme des sioux gavés à l'eau de feu sentant fort le choléra.

Je voudrais être calme. Comme cet autre moi, imaginons, qui, à ma place, rejoindrait la réception. se planterait au milieu et prierai avec dédain les convives de quitter les lieux sous peine de mort.

Je vous ai pas invité pour me jeter à la porte de ma propre demeure, dans le hurlement sourd des grenouilles.

La foutre dehors sans ménagement, toute cette mauvaise herbe, et me retrouver chez moi. Donner au domestique sa liberté, et un somptueux pourboire.
Saccager cette alcôve surfaite où je fourvoie mes songes. Eclater dans un coin les bouteilles d'alcool fort, comme un bosnien saoulé de musique maussade. Noyer sous la térébenthine cette esquisse ratée. 
Puis y foutre le feu avec un grand candélabre baroque.

Et retourner dans le jardin, claironner sous la lune mon chant de batracien.


Le Jardinier
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